GERTRUDE JEKYLL
Créé par jardindeluchane le 28 mai 2018 à 15:23 | Dans : Paysagistes
GERTRUDE JEKYLL
Surnommée la ‘Reine des Jardins’, Gertrude Jekyll est considérée comme la créatrice des mixed-borders à l’anglaise tel que nous les concevons aujourd’hui.
Née le 29 novembre 1843 à Londres et morte le 08 décembre 1932, cette jardinière d’exception est une véritable touche-à-tout. Ses études d’arts la portent tout d’abord vers la peinture mais elle n’y rencontre pas le succès escompté. Ses talents sont multiples : peinture donc, mais également musique, broderie, travail du bois et du métal, photographie, écriture (une quinzaine de livres et plus de 1000 articles sur les jardins) et bien sûr le jardinage, le paysagisme et la botanique.

Les mixed-borders sont organisés de façon à ce qu’arbustes, vivaces et annuelles s’harmonisent en une tapisserie colorée toute la saison.
Son art s’inscrit en opposition aux jardins formels existants dont elle casse les codes. C’est là l’expression du mouvement ‘Art and Craft’ de l’époque dont elle s’inspire, mouvement qui prône un retour à l’artisanat, au travail manuel de bonne facture, en réaction à l’industrialisation et à la production à la chaîne, impersonnelle et sans âme.
Elle grandit dans le Surrey, un comté au sud de Londres et c’est à Munstead Wood qu’elle s’installe et développe son jardin personnel et sa pépinière.
En 1889 elle rencontre le célèbre architecte Edwin Lutyens (connu par les jardiniers pour ses bancs au style si typique) et lui demande de construire sa maison pour qu’elle s’inscrive harmonieusement au milieu du jardin qu’elle a déjà créé.
De cette rencontre naîtra une des plus célèbres associations du monde des jardins. La paysagiste et l’architecte travailleront par la suite ensemble sur de très nombreux projets.
D’ailleurs, Gertrude Jekyll est la créatrice de plus de 400 jardins (en partie ou en totalité) à travers le Royaume-Uni, l’Europe et les États-Unis. Beaucoup sont malheureusement tombés dans l’oubli et n’ont pas été entretenus, de sorte qu’un petit nombre subsiste aujourd’hui.
Les jardins de cette ‘artiste-jardinière’ (comme elle aimait se définir) sont richement colorés, mais derrière le chaos apparent, tout est pensé et maîtrisé. L’équilibre des couleurs, textures et parfums est mûrement réfléchi. De grands groupes de couleurs sont ponctués de touches de teintes complémentaires et des tâches de gris et de blancs permettent une harmonie qui ne heurte pas le regard. Par exemple, elle utilise des fleurs bleues et jaunes pour créer une sensation de lumière, et le contraste qui naît de l’association entre fleurs d’un bleu froid et feuillages gris, le tout ponctué de rouges et oranges lumineux et chauds est l’un des thèmes récurrents dans son œuvre. Cet esthétisme est d’autant plus surprenant que la jardinière souffrait d’une vue défaillante.
Vivaces, arbustes, annuelles, chaque groupe de plantes est utilisé pour que les floraisons soient échelonnées sur toute la saison. Les grimpantes ne sont pas oubliées et festonnent murets de pierres sèches, escaliers et pergolas. Les jeux d’ombre et de lumière sont également intégrés à ses compositions qui sont divisées en espaces compartimentés afin de ménager des effets de surprise. Ses jardins naturels, inspirés par l’impressionnisme font immanquablement penser aux ‘cottage-gardens’ dont le charme est sans égal.
Parmi ses réalisations encore visibles de nos jours, citons :
- Munstead Wood (Surrey), son jardin qu’elle entretenait avec l’aide de 14 jardiniers !
- Hestercombe House Gardens (Somerset), typique du style Arts and Crafts et restauré d’après les plans d’origine.
- The Manor House (Hampshire), peut-être le jardin dont la restauration est la plus complète et la plus fidèle à l’œuvre de la paysagiste.
- Le Bois des Moutiers (Varengeville-sur-Mer), seul jardin conçu en France par Gertrude Jekyll et Edwin Lutyens ! Vous pouvez visiter le site de ce jardin ICI

Le Bois des Moutiers, à Varengeville–sur-Mer est le seul jardin créé en France par Gertrude Jekyll (Photo : Bois des Moutiers, avec leur aimable autorisation)

Les ‘mixed-borders’ de Gertrude Jekyll au Bois de Moutiers (Photo : Bois des Moutiers, avec leur aimable autorisation).
Gertrude Jekyll s’éteint le 8 décembre 1932 mais son nom résonne encore dans de nombreuses jardins tant son influence a été grande dans ce domaine.
Et vous pouvez toujours insuffler son esprit dans votre petit paradis en y plantant un exemplaire du rosier obtenu par David Austin en 1986 et qui porte son nom. Ce rosier anglais arbustif et remontant aux belles fleurs doubles d’un rose intense diffusera un puissant parfum que vous pourrez toujours imaginer être celui de la jardinière britannique déambulant entre les massifs…
Pour compléter le tableau, il ne vous restera qu’à installer çà et là quelques citations pour ponctuer l’hommage que vous lui rendrez.
‘Le jardin est un grand maître. Il enseigne la patience et l’attention, il enseigne le dur labeur et l’épargne. Et par dessus tout il enseigne la confiance totale’
‘L’amour du jardinage est une graine qui une fois semée ne meurt jamais’
‘Il y a toujours au moins un jour de Février où l’on sent le parfum, lointain mais annonciateur de l’été déjà en chemin’.
2 réponses to “GERTRUDE JEKYLL”
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Quelle plaisir de lire, au sujet de cette grande dame du jardin.
Un jour, je me promenais, à Rouen, dans une librairie.
Mon regard fût attiré par un livre, assez conséquent qui relatait la véritable correspondance, entre Gertrud Gekyll, et une autre jardinière célèbre, dont j’ai oublié le nom.
j’ai été absorbée, par cette lettre que je lisais, quelque peu ironique, sur les ambitions des français, en matière d’horticulture.
En effet, si les anglais, ont bien peu à apprendre sur l’horticulture il n’est de « flirtant parmi les sommets », qui ne risquent de tomber, dans une sorte de suffisance, voir, d’arrogance, aussi, en y repensant, j’ai en mémoire, il y a quelques décennies, la princesse Studza, qui, questionnée, par Philippe Debrenne, sur cette rivalité, elle avait ri, en disant, au sujet des anglais, la chose suivante:
« Attention, les français, excellent, sur ce point, de plus en plus », alors, gare à eux !
Pour en revenir au livre, n’avait pas pu me l’offrir…
J’avais cru, naïvement, que je retomberai de ssus, facilement, grossière erreur de ma part.
C’était en effet une grande dame !